On n’arrive toujours pas à y croire. Lens
relégué, Lens rejeté de l’élite,
Lens dans la nasse de la Ligue 2... Mais puisqu’il faut bien
tourner la page et regarder droit devant soi, Gervais Martel
s’est déjà imprégné des
obligations auxquelles toute équipe punie sportivement doit
faire face.
Confessions.
– Gervais Martel, on imagine que vous digérez
toujours très mal cet échec retentissant de votre
club ?
« Le souvenir restera très
longtemps car, naturellement, le Racing n’avait pas le profil
pour être relégué. Mais plein
d’événements se sont enchaînés.
C’est un peu comme la pelote de laine qui se déroule.
Un premier fil part, puis un deuxième et à la fin,
vous n’avez pas plus de fil entre les mains ! Ce fut
compliqué à vivre et ça reste compliqué
à gérer aujourd’hui. Mais le club s’est
remis à travailler, tout en intégrant la nouvelle
réalité financière.
Le différentiel entre le budget de la Ligue 1 et celui de la
Ligue 2 se situe dans une fourchette de 40-45 M E. Ce n’est
pas rien. Il nous fallait donc rebâtir des stratégies
financières à tous les niveaux. Cela s’est
traduit par une politique salariale adaptée, qui a
été bien acceptée, et des révisions
importantes dans notre mode de fonctionnement, notamment certains
créneaux un peu superflus en L2, comme la
télévision (Onzeo). »
– On a évoqué une vague de
licenciements au Racing...
« Contrairement
à ce qui a été dit, les mesures
d’allègement salarial ne concernent que sept ou huit
personnes sur un effectif global de cent quatre- vingt. Nous avons
la chance d’avoir encore des sources de profit
intéressantes. Compte tenu de la diminution de notre budget
de fonctionnement, le club a dû évidemment vendre
(Coulibaly, Hilton, Bisevac). Il nous fallait jongler
entre la nécessité d’alléger nos charges
et celle de ne pas sacrifier nos chances de remonter. »
– La situation actuelle, avec des joueurs en
instance de départ et d’autres qui débarquent,
est assez floue...
« Elle l’est, mais
à moins de donner une pilule aux joueurs pour les faire
disparaître, je ne voyais pas d’autre solution pour
gérer le dossier. Le marché des transferts ne bouge
quasiment pas. Il va donc falloir attendre. Peut-être
même jusqu’au 15 août, car il y a un
décalage, en matière de calendrier, avec
l’étranger. »
– Comment réagit Jean-Guy Wallemme dans ce
contexte ?
« Très bien. De toute
façon, tout le monde a intérêt à jouer
le jeu, y compris ceux qui pourraient encore partir. Je constate
que nous avons beaucoup de sollicitations pour nos joueurs.
Celles-ci émanent le plus souvent de
l’étranger. Normal. Nos soucis furent d’abord
d’ordre collectif. La qualité foncière des
joueurs n’a jamais été remise en cause. La cote
d’un Kovacevic, par exemple, est au top. Pourtant, il est
hors de question de brader qui que ce soit. S’il faut
attendre Noël, nous attendrons Noël. Et s’il faut
attendre l’année prochaine, nous attendrons là
encore. Le RC Lens est peut-être descendu, mais on ne va pas
le brader ! »
– Le Racing a souvent été
attaqué sur le terrain de la formation. Et voilà que
vous laissez filer Lacourt et Khiter à
Valenciennes...
« Ça peut surprendre.
Mais je rappellerai que Khiter a été
prêté deux fois (à Ajaccio et
Châteauroux) et qu’il n’a jamais
été un titulaire indiscutable. Quant à Jo
(Lacourt), il voulait du temps de jeu. Aujourd’hui,
on a besoin de garçons qui se sont bien mis dans la
tête qu’on ne va plus jouer la Coupe d’Europe
mais la Ligue 2. Si on a des gens qui ne sont pas prêts, on
ne gagnera pas la guerre ! Certains partent, d’autres
arrivent. C’est le football qui veut ça. »
– Et Monnet-Paquet ?
«
J’espère fortement qu’il va rester. Dans mon
esprit, il n’y a aucun doute : il sera toujours Lensois. Je
sais qu’il réfléchit, mais il vaut mieux
être titulaire en Ligue 2 à Lens que de jouer dix
matchs en Ligue 1 ou trois à l’étranger !
»
– Jean-Guy Wallemme, c’est un choix du coeur
ou un choix raisonné ?
« Ce n’est
pas seulement un choix du coeur, car Jean-Guy est quelqu’un
qui a beaucoup de respect pour les valeurs du club. Il avait faim
et il est très déterminé.
J’espère que ça va fonctionner. Ce n’est
pas simple pour un jeune entraîneur d’arriver chez les
pros dans ce contexte. Mais, après tout, ce n’est
peut-être pas plus mal d’être tout de suite dans
le dur ! Connaissiez-vous l’entraîneur du Havre
(Jean-Marc Nobilo) la saison dernière ? C’est
pourtant lui qui les a fait monter... Ce sera dur mais, sur le
papier, on a quelque chose qui tient la route. »
– On n’imagine pas que le RC Lens puisse
demeurer plus d’une saison en L 2...
«
Il est impératif de remonter tout de suite. Mais ce
n’est pas parce qu’on le dit que les résultats
vont suivre. La méthode Coué n’a jamais fait
gagner les matchs. L’objectif, on le connaît et les
gens qui ont été engagés en ont conscience
aussi. J’espère de tout mon coeur que le ballon va se
remettre à rouler correctement ; et il faut qu’il
roule en direction de la Ligue 1 ! »
– Ne ressentez-vous pas de la lassitude
?
« Il n’y en a pas. De toute
façon, s’il y en avait, le club n’existerait
plus. Quand on est dans un tel tsunami, si on en a marre, on se
suicide tout de suite, ça va plus vite, on n’est plus
ennuyé ! Au contraire, j’ai la rage d’être
descendu, parce qu’il y a eu des mauvais choix et parce que
j’y ai ma part de responsabilités. J’ai envie de
remonter vite, quand je vois tout ce qui a été fait
à Lens. Mais chacun sait que ce n’est pas en
répétant ça vingt fois qu’on remonte
automatiquement. On va donc retourner au charbon humblement. Si on
en est là, c’est qu’on l’a
mérité.
Derrière, il y a une attente. Nous en sommes à
près de 18 000 abonnés. On sent que les gens ont
été tristes comme nous, mais qu’ils ont aussi
envie de renaître. Les joueurs devront être
imprégnés de la même détermination,
sinon je vais m’occuper de l’affaire personnellement
!
Les états d’âme, c’est fini. Contre Dijon,
on se les mettra où je pense, les états
d’âme, et on va jouer ! On a raté un virage, la
voiture est cabossée, mais elle n’est pas encore bonne
pour aller à la casse ! »
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